Sans elle, la vie ne circule pas

Il y a quelques années, j’ai traversé une période où je n’arrivais plus à avancer.

Pas un blocage au sens dramatique du terme. Quelque chose de plus physique, de plus opaque. Les idées ne venaient pas. Les gestes manquaient de conviction. Je tournais en rond sans me poser vraiment, comme si quelque chose en moi s’était épaissi, ralenti, alourdi.

J’ai mis du temps à comprendre ce qui se passait.
Je ne buvais pas assez d’eau.
Ce n’est pas une anecdote.

C’est une observation que j’ai faite sur moi-même, lentement, en apprenant à écouter ce que mon corps essayait de me dire. Une déshydratation légère — deux pour cent du poids du corps — suffit à ralentir la concentration, à épaissir la pensée, à créer cette sensation floue d’être présent sans vraiment l’être.

Le réseau ne coupe pas. Il ralentit, c’est tout.

Imperceptiblement. Jusqu’à ce qu’on remarque que quelque chose ne passe plus.

La circulation est le principe fondamental du vivant.

Pas la stabilité — la circulation. Le sang qui tourne, la lymphe qui draine, les nutriments qui voyagent, les signaux qui se transmettent d’une cellule à l’autre à une vitesse vertigineuse.
Le corps n’est pas un entrepôt.

Sans elle, rien ne se transporte. Rien ne se renouvelle.
Rien n’arrive là où c’est nécessaire.

Les vignerons le savent mieux que quiconque.
L’eau dans le sol détermine tout — la vigueur de la vigne, la profondeur des racines, la concentration des arômes dans les baies.

Une vigne qui manque d’eau ne produit pas forcément moins — elle produit différemment.
Elle concentre, elle compense, elle s’adapte. Mais elle ne peut pas inventer ce qui n’est pas là. Elle travaille avec ce qu’elle reçoit.

Nous fonctionnons exactement de la même manière.
Ce que nous appelons l’élan, la clarté, la présence à soi — tout ça suppose un corps qui circule bien.
Un réseau qui transmet sans perte.

Une matière intérieure fluide, disponible, prête à se mettre en mouvement.
Quand le flux est interrompu, même légèrement, quelque chose se grippe.
Pas dramatiquement. Juste suffisamment pour que les gestes perdent leur évidence.

Boire est un acte de confiance envers soi-même.

Une décision de circulation — même inconsciente, même distraite. Chaque gorgée relance quelque chose. Permet à quelque chose de repartir, de trouver son chemin, d’arriver enfin là où c’était attendu.

Qu’est-ce qui ne circule plus en toi, en ce moment ?

Il existe des façons de le voir autrement. De remettre quelque chose en mouvement — par l’image, par la matière, par ce que l’eau révèle quand on lui laisse la place de s’exprimer.

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